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vendredi 22 février 2008

BABYSHAMBLES @ AB, LE 20 FEVRIER 2008

Y'a des soirées comme ça, vraiment très étranges, des moments où on a l'impression que le temps s'arrête, que les minutes flottent, que la musique te percute plus qu'à la normale, que de simples phrases ont un effet hyperbolisé sur toi, des soirées où tu sais que ce que tu vis est unique et que ça ne se reproduira plus. Et bien, ce concert-là, ce 20 février où les Babyshambles ont joué pour nous à Bruxelles, ça fait partie de cette catégorie. On s'était ramené 45 minutes à l'avance, on s'était placé au 3e rang, en face du micro qu'on supposait celui de Pete Doherty, et on a attendu. Les minutes passent, la tension monte. Pas de première partie, puisque sur scène le matériel des Babyshambles est installé, on le lit sur la batterie pailleté. 20h, 20h15, 20h30, et toujours pas de Babyshambles en vue. L'impatience se fait sentir, mon ventre qui se tord, mes jambes qui tremblent d'excitation, on s'imagine que l'arrivée des Shambles est reportée car Pete est allé chercher Carlos à la gare. En fond sonore : une compilation d'une musique inclassable, un genre de rockabilly version variété, avec des airs de soul pourrie. C'est dans des moments pareils qu'on aimerait être sourd. Devant nous, les roadies s'affairent autour des amplis, accordent, apportent toutes les 20 minutes des verres d'un jus rouge pour les déposer près de la batterie d'Adam Ficek. Un grand châle rouge, une lampe des années 60, lumière tamisée, un petit fauteuil tout droit venu d'un ancien salon anglais. Vers 21h, après une heure de retard (appelons ça les "60 minutes réglementaires"), ils arrivent enfin. Ca te fait un sacré coup dans la cage thoracique quand un de tes héros arrive là, avec son imper' aperçu chez Slimane, coiffé d'un chapeau noir, la démarche nonchalante, conscient des évenements, accompagné de ses acolytes. Ils commencent par carry on up the morning. Evidemment. La guitare retentit, les accords sont plaqués, et les premiers mouvements de foule commencent. Ca a été dur de s'accrocher, de rester à mon 3e rang malgré les coups de coudes, les dévillements et les slammers qui passent au dessus de toi par dizaine. Mais je m'accroche, cette superbe chanson qui m'a suivi tout mon été, je trouve la bonne position, j'ai chaud, it's not easy gettin' out your head résonne, et la chanson prend fin. Ils enchaînent vite, dans l'urgence qui caractérisait les Libertines. On oscille entre les chansons de Shotter's Nation, je me rends vraiment compte que le songwriting de cet album est génial. La set-list est efficace, on est transporté. Le charisme de Pete Doherty souffle toute la salle, quelle superbe présence. Devant, sur scène, ils gèrent très bien. Derrière, c'est chaotique, l'ambiance est survoltée. Le groupe le ressent pleinement. Ils se regardent en souriant, ça m'emplit de fierté. La chaleur, le contact humain, cette unité qu'on ne peut ressentir que pendant un concert. Dans le désordre : The Blinding, magnifique. Killamangiro. Side of the road. Les paroles me claquent. Back from the Dead, génial. Delivery, la fosse reprend en coeur. You talk. J'aimais bien cette chanson avant, maintenant je la trouve fabuleuse. La voix de Pete est claire, belle, transparente. Drew saute parfois pendant une ligne de basse. Adam sourit. Albion arrive. Mick à l'harmonica. Je vais exploser d'un mélange de joie et de trop plein de tout. Les paroles qui ne m'ont jamais autant touchée. Vient un furieux Pipedown. Et puis ils partent. Les lumières se rallument un peu. Le rappel. On attend, la fosse bouillonne, on crie, on tape des pieds et des mains, on entonne shoop shoop, shoop delang delang. Ils n'ont toujours pas repris les Libs, et je n'attends que ça. 5 minutes passent, puis 10. Ils ne sont toujours pas revenus. Ca ne me plaît pas. Ils se font désirer, ou ils sont partis? Je ne suis pas la seule que cette attente prolongée agace. Des verres en plastique volent à travers la salle. On bombarde littéralement la scène de gobelets, je n'avais jamais vu ça. Un roadie passe, ça a l'air de le faire marrer, il manque de se planter. Après 15 minutes, ils reviennent enfin, et 2 verres volent encore sur eux. J'appréhende leur réaction, un simple étonnement, et puis on reporte notre attention sur Pete Doherty, qui avait amené une caméra, et nous filmait. Puis ils reprennent les instruments. Le public chante shoop shoop, shoop delang delang. On reconnaît tous l'intro de what katie did. On se sent tout bizarre, c'est irréel, on hurle presque it's a cruel cruel world. Quel bonheur, l'hymne les Libertines. Une fille du premier rang donne à Pete un panneau "free hugs-gimme your hat please". Et il lui donne... Tout comme il a jeté à la foule un de ses dessins. Et puis, vient Fuck Forever. L'apogée. Le point culminant de ce concert. La fin, on le sait tous. J'essaie de savourer au maximum. Je pense que cette prestation est d'une telle qualité qu'on peut s'estimer privilégiés. Toute bonne chose a une fin, ils partent, après 1h10 de show. Je sors de la salle en titubant, je m'hydrate, j'achète un tshirt trop grand. Je ne cesse de penser à cette soirée depuis. Et j'apprends par Coline (et sa review est superbe), qui a récupéré une setlist, que what katie did n'était pas prévue, que c'était improvisé, à la demande, parce que on a tous chanté en coeur son intro. Et c'est le genre de truc qui te colle un sourire béat sur le visage, et qui rend encore meilleure cette soirée.

Ou comment une vidéo prise par un fan, à la sortie du concert des Babyshambles, peut te changer la vision des choses que t'as sur un homme, peut effacer toutes ses frasques, peut totalement renverser tes préférences musicales, peut changer l'idée que tu t'étais faite sur un art, son art. Comment douter de sa générosité, de son authenticité, de son talent, de tout ce qu'il donne, après ça? Comment ne pas regretter, au final, de ne pas avoir été là, de ne pas avoir vécu ce moment privilégié, que d'écouter Pete Doherty chanter sur le trotoir when the lights go out, avant qu'il remonte dans le bustour et s'en aille. Comment tout rendre plus beau.

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bloup. 14.05.08

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